"Pollution lumineuse : la fin des nuits étoilées ?" Retour sur Entre Midi & Science (04/12/2018)

Publié par Claire Tantin, le 13 décembre 2018   150

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Vous êtes curieux des sciences ? Désireux de comprendre les sujets de société et leurs enjeux ? Une fois par mois, à la Galerie Eurêka, venez rencontrer des spécialistes, poser vos questions et débattre avec eux autour d’un café lors des rendez-vous « Entre midi et science ».

Si vous n’avez pas assisté au dernier rendez-vous du mardi 04 décembre, « Pollution lumineuse : la fin des nuits étoilées ? », ce résumé vous en donnera un aperçu !

 

En présence de :

 

-      Nicolas BESSOLAZ, correspondant pour la Savoie de l’ANPCEN (Association Nationale pour la Protection du Ciel et de l’Environnement Nocturnes),

-      Gérard BOUVIER, responsable de la Voirie Eclairage Public à la Ville de Chambéry.

-      Stéphanie DUPONT, FRAPNA (Fédération Rhône Alpes de la Protection de la Nature), Chargée de mission Eau & Sentinelles,

-      Maryse FABRE, représentante des maires Savoyards du Parc Naturel Régional des Bauges dans la commission "Stratégie Lumière",

-      Elisabeth MARIS, Présidente du club d'astronomie amateur de Chambéry Céphée73.

 

Pour débuter, Elisabeth Maris nous donne le point de vue des astronomes sur la pollution lumineuse. Bien conscients des problèmes que pose la fin des nuits noires sur la santé humaine, la faune et la flore, les astronomes s’inquiètent tout particulièrement de la disparition des étoiles.

La lumière artificielle, bien plus importante que celle des étoiles, engendre un ciel « qui se dégrade ». À Chambéry comme ailleurs, les clubs d’astronomie s’éloignent des centres- villes pour trouver des lieux plus propices à l’observation des étoiles. Cependant, malgré l’éloignement, le halo lumineux reste présent et gêne l’observation. Actuellement, les astronomes ne voient pas d’amélioration du ciel nocturne !

 

Stéphanie Dupont de la FRAPNA évoque les impacts de la pollution lumineuse sur la faune et la flore. Elle rappelle toutefois que l’Homme est le premier touché par cette pollution. La mélatonine, hormone fabriquée quand la lumière diminue et permettant de réguler les fonctions du corps, serait moins produite en présence de pollution lumineuse. Cette baisse de l’hormone entraine un sommeil de moins bonne qualité, une couverture immunitaire moins performante, une augmentation des cancers, et peut provoquer un dérèglement de l’horloge biologique.

Rappelons qu’une nuit naturelle sans lune produit un éclairement de 0,001 lux. À la pleine lune, il est de 0,1 lux. Avec l’éclairage nocturne, on peut atteindre 10 lux, soit 100 fois plus de lumière !

Si la nuit nous paraît noire, c’est la perception que nous en avons  avec notre vision humaine. Il n’en est pas de même pour toutes les espèces. La faune et la flore sont rythmées sur l’alternance jour-nuit et leurs adaptations en sont issues. 28% des vertébrés et 85% des invertébrés sont partiellement ou totalement nocturnes …

Quelques exemples sont proposés :

  • La chouette effraie possède de gros yeux qui lui permettent de capter le maximum de lumière et elle utilise la longueur d’onde ultraviolette pour voir !
  • Les lucioles créent de la luminescence pour se repérer entre elles,
  • la vipère perçoit en fonction de la chaleur dégagée.

 

Les oiseaux migrateurs se repèrent lors de leurs déplacements grâce au champ magnétique et aux étoiles. Or le halo lumineux les désoriente et les oblige à revoir régulièrement leur trajectoire.

Certains insectes sont attirés par la lumière, la pollution lumineuse est, de ce fait, la deuxième source d’extinction après les pesticides. Les insectes aquatiques sont eux aussi très troublés par cette pollution. 

La pollution lumineuse impacte aussi la flore. Un arbre qui aurait une espérance de vie de 40 ans n’en a plus qu’une de 10 ans s’il se trouve sous un éclairage la nuit.

 

L’ANPCEN travaille sur des enjeux multiples liés à la qualité de la nuit et possède 20 ans d’expertise dans ce domaine. Multipliée par deux en 20 ans (1992-2012), la pollution lumineuse provient en premier lieu de l’éclairage public et en second de l’éclairage privé comme par exemple les zones commerciales et les parkings. Les conditions météorologiques peuvent influencer l’étendue de la pollution lumineuse en augmentant la diffusion de la lumière dans l’atmosphère.

La modification de la composition spectrale des lumières due à l’arrivée des LED, riches en lumière bleue, accentue aussi le phénomène de pollution lumineuse.

Pour diminuer la pollution lumineuse liée à la forte diffusion de ces émissions, il faut que chaque commune s’implique. L’ANPCEN a mis en place une « boîte à outils » à destination des collectivités pour les aider à améliorer les éclairages ainsi que leurs impacts sur l’environnement.  

Nicolas Bessolaz nous parle aussi de quelques avancées récentes de la réglementation :

 

  • En 2013 : obligation d’éteindre les lumières inutiles à 1h du matin comme la mise en lumière des bâtiments publics et privés, bureaux, vitrines.
  • En 2015 : relier les enjeux de consommation d’énergie et de baisse de la pollution lumineuse.
  • En 2016 : reconquête de la biodiversité et des zones nocturnes qui sont un patrimoine commun.
  • En 2018 : obligation d’éteindre les publicités et enseignes lumineuses entre 1h et 5 h du matin. 

 

Deux exemples de communes qui s’impliquent dans cette lutte contre la pollution lumineuse sont alors évoqués : Chambéry et Saint-François-de-Sales.

À Chambéry, Gérard Bouvier nous parle de la démarche de remplacement des luminaires obsolètes qui est mise en place depuis 2011. Cette démarche est orientée vers le développement durable et permet de :

  • réduire la puissance consommée,
  • minimiser la pollution lumineuse,
  • améliorer la sécurité hors voirie,
  • permettre une économie de maintenance,
  • et remettre les parcs aux normes actuelles. 

Depuis, la consommation a diminué de 35% grâce à des luminaires qui consomment moins pour un même éclairement, à la diminution du nombre de luminaires (environ 900 luminaires enlevés) et à l’optimisation de l’éclairage public. Depuis quatre ans, tous les luminaires sont utilisés avec une réduction de puissance entre 22h et 7h du matin. Les lampes au mercure sont supprimées et les LED utilisées ont une température de couleur de 3 000° Kelvin (c’est-à-dire une couleur « chaude », blanche tirant vers le jaune). À 23 h, la Ville éteint les lumières d’illumination des bâtiments.

 

Maryse Fabre, représentante des maires du Parc naturel régional des Bauges, et maire de St-François-de-Sales nous apporte aussi les réalisations menées dans sa commune :

La commune a été sensibilisée à la pollution lumineuse grâce à des passionnés qui ont créé un observatoire astronomique à proximité. Deux actions ont été mises en place pour lutter contre cette pollution : éteindre les lumières entre 23h et 5h du matin dans tous les hameaux de la commune, et réhabituer la population à « aimer » la nuit et vivre sans lumière publique. La commune bénéficie actuellement du label « village étoilé 1 étoile ». L’éclairage à base de LED blanches, gênant, a été abandonné. Avec l’aide du Parc des Bauges, un diagnostic a été établi :

  • mise en place d’une stratégie « lumière » dans le Parc,
  • réflexion sur la pertinence du nombre de points lumineux,
  • réflexion sur la qualité des lampes,
  • préconisation de couleurs « chaudes » plutôt que blanches. 

Le résultat :

  • diminution de 10% des points lumineux en direction des couloirs de biodiversité,
  • le taux d’éclairement a baissé de 75%,
  • une réduction de la consommation de 60%.

En conclusion, Madame Fabre fait remarquer que les actions à l’échelle de petites communes poussent les autres à réaliser cette démarche.

 

Suite à cette présentation, le débat est ouvert. Voici quelques points évoqués dans les questions du public :

Question : À Chambéry, les éclairages de Noël viennent d’être installés. Sont-ils éteints la nuit ?

Réponse :

- À Chambéry, les illuminations de Noël ont commencé samedi 1er décembre et vont durer jusqu‘au 7 janvier. Les illuminations sont en fonctionnement de 7h30 à 23h.

- À St François, les illuminations s’éteignent avec l’éclairage public.

 

: Comment sont faites les cartes de pollution lumineuse ?

R : Elles sont réalisées à l’aide de plusieurs sources : par les images satellites mais il faut aussi utiliser des données de terrain (recensement des points lumineux selon leurs caractéristiques propres), valider l’ensemble avec des mesures sur le terrain (avec un photomètre) ou avec des images prises à l’aide d’un appareil photo, et enfin ajouter un modèle d’atmosphère et des effets de masquage.

 

Q : Existe-il des données de la pollution lumineuse sur un site accessible au public ?

R : Très peu de données sont disponibles, seulement pour une dizaine de grandes villes (Paris, …) et les contrôles sont insuffisants pour vérifier si des mesures sont prises. Il est important que les données soient publiques.

À Chambéry, un diagnostic a été fait en amont, avant le changement des éclairages puis après. Cela permet de vérifier si ce qui a été installé correspond bien à l’achat.

Les normes d’éclairage sont surévaluées en France, les villes françaises peuvent baisser leur niveau d’éclairement en dessous de la norme.

Les clubs d’astronomie demandent des aires dédiées pour installer leurs télescopes dans Chambéry.

 

Q : Dans les Bauges, le Parc est-il une réserve naturelle du Ciel étoilé ?

R : C’est une démarche en cours qui devrait aboutir au label dans 5 ans.

Mais plusieurs labels existent ! Et pour que la réglementation soit pertinente, il faut que tous les acteurs la mettent en œuvre.

 

En conclusion, deux questions sont posées : avons-nous besoin de lumière toute la nuit et comment agir, chacun à notre manière, pour faire baisser la pollution lumineuse ?