La Balme à Collomb, la découverte d'un site incomparable

Publié par Julie, le 26 septembre 2019   41

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A l’automne 1988, deux membres du Spéléo Club de Savoie, Marc Papet et Pierre Guichebaron, réussissent à percer les secrets de la Balme à Collomb.

 Au retour d’une expédition, un mystérieux courant d’air froid est détecté au ras du sol sur l’un des côtés de la grande galerie d’entrée. Après quatre à cinq heures de travail, la voûte d’une galerie perpendiculaire longue de quelques mètres est dégagée. Le fond en est totalement obstrué par une trémie imposante. Quinze jours plus tard, six heures d’un soutirage intensif de cailloutis et de blocs englués d’argile liquide ne viennent pas à bout de la dangereuse trémie verticale qui s’effondre continuellement.
Le 13 novembre, après des heures d’effort des deux découvreurs, l’éboulis se stabilise enfin : huit mètres plus haut, un vide noir apparaît. Le passage n’est guère engageant mais la tentation est trop forte. Pierre le gravit avec la crainte que tout ne s’écroule, condamnant ainsi la sortie. Il débouche enfin, après d’infinies précautions, à la base d’une grande salle en forme d’entonnoir qu’il remonte pour partir en reconnaissance et atteint rapidement une vaste galerie qui s’enfonce sans limite au centre du massif. Le cœur battant, c’est au pas de course qu’il retourne crier la nouvelle tant espérée à son compagnon : la Balme continue !
L’exploration se poursuit alors dans une totale euphorie. Pourtant, les deux hommes ne sont pas encore au bout de leurs surprises : alors qu’ils déambulent dans le large conduit qui se prolonge dans l’inconnu, tout à la contemplation des marmites blanches ou ocre ornant le plafond, Marc se fige soudain à la vue d’un bloc insolite, soudé au sol par de la calcite blanche : un crâne d’ours des cavernes. L’examen attentif des alentours révèle bientôt un véritable ossuaire : la Galerie des Ours est découverte.
La Balme à Collomb s’ouvre à 1700 m d’altitude sur le flanc ouest de l’imposante falaise urgonienne du Granier (1933 m d’altitude), dans le nord du massif de la Chartreuse sur le territoire de la Réserve Naturelle des Hauts de Chartreuse. Caractérisée par deux grands porches d’entrée d’environ 10 m de large et presque autant de hauteur, la grotte est accessible par un sentier de randonnée depuis le hameau de la Plagne (600 m de dénivelé). 

La Galerie des Ours, fermée depuis des millénaires, a été retrouvée telle que les derniers ours des cavernes l’ont laissée.
Des os gisaient en abondance sur le sol, répartis sur une surface de plus de 3000 m2 et sur une longueur de 300 m, parfois recouverts par des éboulements de la voûte. D’importants éléments de squelettes étaient en connexion anatomique (ce qui n’est pas très fréquent). Ils révèlent que les carcasses ont été peu bouleversées après la mort, ni par d’autres animaux, ni par l’homme, et donnent des renseignements plus complets sur les caractères anatomiques des animaux.

La grotte a été fréquentée exclusivement par l’ours des cavernes, si l’on excepte quelques restes de loup, de renard et de rares rongeurs. Elle renferme ainsi une population homogène et abondante d’Ursus spelaeus.

Une grotte à hivernation

Les recherches montrent que, pendant des milliers d’années, des ours des cavernes ont passé l’hiver dans la grotte. Sur la longue période d’occupation du site, beaucoup de squelettes se sont accumulés.
De nombreuses grottes à hivernation d’ours des cavernes ont été signalées en Europe occidentale mais certaines caractéristiques font de la grotte de la Balme à Collomb un site exceptionnel :

• La Galerie des Ours, fermée depuis des millénaires, a été retrouvée telle que les derniers ours des cavernes l’ont laissée il y a environ 24 000 ans. Les datations sur les ossements indiquent une présence des ours entre –45 000 ans et –24 000 ans.
• Cette grotte a été fréquentée quasiment exclusivement par des ours des cavernes pendant plus de 21 000 ans. Ils venaient dans la grotte pour passer l’hiver en état de semi-léthargie.
• Des squelettes presque complets ont été exhumés, ce qui est extrêmement rare.

Le Musée de l’ours des cavernes d’Entremont-le-Vieux est le fruit de cette extraordinaire découverte. 
Le Musée de l’ours des cavernes invite petits et grands à partir sur les traces de l’ours des cavernes. C’est l’ourse Collombine qui accueille le visiteur dans un décor de grotte et propose de découvrir le monde fascinant de l’ours des cavernes. Des tables de manipulations ludiques et pédagogiques présentent les caractéristiques de l’ours des cavernes et de son environnement. Le temps de la visite, petits et grands deviennent les scientifiques qui ont procédé aux fouilles de la grotte aux ours. Ce partage de connaissance interactif et ludique se prolonge grâce à un film en 3D et images de synthèse permettant de revivre cette aventure scientifique et humaine exceptionnelle !

Crédit photo : Jérôme Bailly - RNHC