"Vaccins et Internet, comment démêler le vrai du faux ?" Retour sur Entre midi & science (12/02/2019)

Publié par Claire Tantin, le 15 mars 2019   15

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Vous êtes curieux des sciences ? Désireux de comprendre les sujets de société et leurs enjeux ? Une fois par mois, à la Galerie Eurêka, venez rencontrer des spécialistes, poser vos questions et débattre avec eux autour d’un café lors des rendez-vous « Entre midi et science ».

Si vous n’avez pas assisté au dernier rendez-vous du mardi 12 février, « Vaccins et Internet, comment démêler le vrai du faux ? », ce résumé vous en donnera un aperçu !

 

En présence de :

Marina Messina et Eric Bevillard de l’Observatoire Zététique, association ayant pour but de promouvoir la démarche scientifique et développer l’esprit critique.

Qu’est-ce qu’un vaccin ?

Les vaccins sont des médicaments immunologiques. Ce sont des solutions contenant des virus, des bactéries ou des microbes. L’objectif est de stimuler les défenses immunitaires de l’organisme en injectant ces corps étrangers à faible dose, sans provoquer la maladie. Les anticorps fabriqués suite au vaccin réagiront lors de la seconde rencontre avec le virus pour éviter une forme sévère de la maladie.

De quand datent les vaccins ?

Les premiers inventeurs des vaccins sont les Chinois au XVIe siècle avec la variolisation. Cette technique consiste en une inoculation volontaire de la variole, sous une forme « espérée » peu virulente, pour protéger la population d’une forme grave de la maladie. Cependant, le taux de mortalité avec ce procédé pouvait s’élever jusqu’à 1 à 2 % ! En 1760, Daniel Bernouilly montre que, malgré le taux élevé de mortalité, cette méthode permet de gagner trois ans d’espérance de vie. La première vaccination date de 1885 et est réalisée par Louis Pasteur pour lutter contre le virus de la rage.

Quelles sont les motivations pour se faire vacciner ?

Deux sortes de motivation existent : une vaccination dite « égoïste », pour se protéger personnellement de la maladie et une vaccination « civique », pour protéger les autres et notamment les plus faibles dans le cadre d’une démarche collective. Cette seconde vaccination permet aux personnes ne pouvant pas se faire vacciner, du fait de leur état de santé ou parce que cette technique est inefficace pour elles, d’être aussi protégées.

Quelle est la perception du bénéfice de la vaccination ?

Celle-ci n’est pas la même pour tous. Elle est différente si on considère l’individu ou le collectif comme la population mondiale. La perception est variable aussi si on tient compte du coût et de l’évolution des connaissances scientifiques.

La population actuelle n’a pas connu certaines grandes épidémies, celles de la diphtérie par exemple. Ces dernières ont sévi jusque dans les années 1940-45 et ont fait de nombreux morts. De ce fait, nous nous sentons plus ou moins concernés par la vaccination.

 

L’efficacité des vaccins

La vaccination permet la prévention d’une maladie. L’introduction du vaccin à toute la population a fait chuter le nombre de malades. Par exemple, la variole a été éradiquée grâce au vaccin. L’éradication de la rougeole et de la poliomyélite sont des objectifs de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), et cela implique une démarche mondiale. L’obligation vaccinale ne fera cependant pas disparaître totalement l’ensemble des maladies. La bactérie responsable du tétanos est omniprésente dans l’environnement et l’éradication du tétanos ne peut donc pas être envisagée.

Avec une couverture vaccinale de la population de 95%, les risques de contamination seront contrôlés et la protection individuelle et collective des personnes sera assurée : c’est l’objectif de la vaccination. Si la couverture vaccinale est plus faible que 95%, les épidémies pourraient réapparaître. Il est donc important de se faire vacciner même si nous pouvons ne pas croiser la maladie. Le vaccin est un outil, il ne fait pas tout.

Dans le cas du BCG, la vaccination n’était pas efficace à 100 % : il a été décidé la suppression des revaccinations en France depuis 2004 sauf pour les populations dites « à risque ».

Contre-indications

Les contre-indications de vaccination touchent seulement certaines catégories : les personnes présentant de la fièvre, les personnes atteintes du SIDA ou de maladies chroniques, les femmes durant leur grossesse, les personnes en cours de traitements chimiothérapiques, les personnes présentant des déficiences immunitaires.

Toute la population est donc vaccinée pour aider ceux qui ne peuvent pas l’être.

Quels risques et effets secondaires ?

Les risques liés à la vaccination sont très rares et les bénéfices sont immenses. Tout vaccin, pour être commercialisé, est évalué par les autorités sanitaires européennes ou nationales selon des critères de qualité, sécurité et efficacité. Après leur mise sur le marché, les vaccins font l’objet d’un suivi de pharmacovigilance et les nouveaux vaccins sont surveillés. Comme tout médicament, un vaccin peut provoquer certains effets indésirables : des réactions bénignes ou transitoires du type douleurs ou rougeurs au niveau de l’injection, ou des réactions générales comme de la fièvre.

Par ailleurs, des évaluations bénéfice/risque sont réalisées par les autorités sanitaires et montrent un rapport très favorable.

Le risque est classé en fonction de la présence d’apparition d’un symptôme. Il est classé « rare » s’il existe un cas d’apparition de symptômes sur 1 000 à 10 000 vaccinés, « très rare » pour moins d’un cas sur 10 000 personnes. Le risque de développer une maladie grave en n’étant pas vacciné est beaucoup plus important que celui de voir apparaître un effet indésirable grave lié à une vaccination.

 

Quelques questions et affirmations qui circulent …

  • Pourquoi passer de trois à onze vaccins obligatoires ?
  • L’obligation de la vaccination, c’est pour le « profit », non pour la santé !
  • L’aluminium contenu dans les vaccins est dangereux !

À partir du 1er janvier 2018, onze vaccins deviennent obligatoires contre trois avant cette date. En 2016, à l’issue d’une concertation citoyenne incluant professionnels de santé et société civile, il est décidé de mettre fin à deux statuts différents : les vaccins « recommandés » et les vaccins « obligatoires ». L’intérêt de cette démarche est d’augmenter le pourcentage de personnes vaccinées dans la population pour rendre la vaccination encore plus efficace. En effet si en France, le taux de couverture vaccinale est très bon pour les vaccins dits « obligatoires », il est très insuffisant pour la plupart des vaccins dits « recommandés », d’où l’intérêt de les rendre tous obligatoires. Cette décision vise à enrayer certaines maladies infectieuses comme la rougeole.

Les données scientifiques montrent que le fait d’administrer simultanément plusieurs vaccins n’a pas d’impact négatif sur le système immunitaire d’un enfant.  Par ailleurs, cela permet de diminuer le nombre des consultations médicales. Lorsque l’association de vaccins est possible (comme pour la diphtérie, la coqueluche et le tétanos), cela représente moins d’injections, donc moins de gêne pour l’enfant.

 

Seulement 2,2 % des dépenses de santé sont utilisé dans la prévention institutionnelle. Et cela ne constitue que 1,3 % du marché pharmaceutique. Ce n’est donc qu’une toute petite part des dépenses de santé ! De plus, le coût du traitement d’une pathologie est beaucoup plus important que celui du vaccin correspondant. Par exemple, traiter une méningite représente un coût moyen de 750 000 € contre seulement 48 € pour le vaccin.

 

Cet adjuvant, produit qui renforce et complète l’action du vaccin, est indispensable pour obtenir une réponse immunitaire efficace lorsque la personne va se trouver en contact avec la maladie. L’aluminium est l’adjuvant le plus utilisé au monde, notamment sous sa forme hydroxyle d’aluminium. Les doses utilisées dans les vaccins sont très faibles. Dans le vaccin DTPolio par exemple, il y a au maximum 0,8 mg d’aluminium par dose.

Des études auraient établi que pour certaines personnes, l’élimination de ce sel d’aluminium pourrait être longue et difficile et entraînerait des troubles ou une fatigue chronique. La plupart de ces cas ont été observés en France, et l’analyse des résultats de ces études n’ont pas permis de démontrer l’existence d’un lien entre ces troubles et l’aluminium.

L’aluminium est le troisième constituant de l’écorce terrestre et est très utilisé en cosmétique.

La suite du café-débat est basée sur le décryptage d’une vidéo circulant sur Internet. Dans celle-ci, un pharmacien Monsieur serge Rader avance des propos, que nos intervenants vont démêler, entre le vrai et le faux.

Propos dans la vidéo : « Les vaccins ne sont pas sûrs ! Aux Etats-Unis, des compensations monétaires auraient été versées à des personnes ayant subi un préjudice suite à une vaccination. »

Réponse des intervenants : On ne connaît pas le nombre de personnes impliquées dans cette affaire, donc le coût de ces compensations dépend de l’effectif. D’autre part, la justice ne statue pas sur les mêmes critères que la science.

Vidéo : « Les vaccins ne protègent pas contre tous les types de la maladie, par exemple l’autisme a progressé, passant d’un rapport d’1 enfant sur 1000 à 1 sur 100. »

Intervenants : On sait maintenant que l’autisme dépend de facteurs génétiques et environnementaux et qu’il n’y a pas de corrélation entre l’autisme et les vaccins.

Vidéo : « Pourquoi utiliser l’aluminium ? Il n’y en avait pas dans le vaccin de Pasteur ! »

Intervenants : L’aluminium a été retenu comme adjuvant dans les vaccins depuis les années 1920 et est utilisé partout dans le monde. La balance bénéfice/risque d’autres adjuvants testés (comme le phosphate de calcium) n’est pas meilleure que celle des sels d’aluminium utilisés. 

Vidéo : « Les vaccins seraient la deuxième cause d’effets secondaires après les anti-cancéreux ! »

Intervenants : Aucune source n’est donnée sur cette affirmation. Les effets secondaires vont être davantage comptabilisés si les personnes sont en bonne santé. Les personnes qui suivent des traitements anti-cancéreux ont des symptômes liés à la maladie et qui sont difficiles à distinguer de ceux des symptômes liés à la prise de médicaments.

Débat avec le public :

Question : Pourquoi une telle défiance en France par rapport aux vaccins ?

Réponse : L’origine de cette défiance vient en partie d’une étude réalisée en France, qui ferait le lien entre une maladie et la présence d’aluminium dans les vaccins. Certaines personnes estiment que la population générale les couvre et qu’il n’y a pas ou peu de risques. L’obligation de la vaccination est parfois contre-productive. Il faudrait éduquer plus et mieux expliquer l’intérêt de la vaccination pour que chacun en prenne conscience.

Q : Il y aurait eu des problèmes suite à la vaccination de militaires italiens, qu’en est-il exactement ? Cette information vient d’un rapport publié il y a quelques semaines mais non diffusé en France.

R : Il ne faut pas confondre vaccins et politique vaccinale. Parfois certains vaccins sont finalement retirés car il existe des effets secondaires. Quand arrive un nouveau vaccin sur le terrain, il y a une surveillance à long terme et un suivi des effets secondaires. Il peut y avoir une erreur. Dans ce cas, il y a des mises en garde et le vaccin est retiré de la circulation.

Q : Au niveau mondial, est ce que la communauté scientifique est mobilisée pour trouver tous les vaccins possibles ?

R : Tous les vaccins simples ont été trouvés et sont utilisés. Pour le paludisme ou le sida, il s’agit de vaccins complexes difficiles à trouver.

Q : Pourquoi le personnel médical est-il aussi réticent à se faire vacciner ?

R : Les infirmières ont parfois un manque de connaissances et d’informations sur l’efficacité des vaccins et elles n’ont pas toujours la perception d’un besoin personnel du vaccin.

Q : Concernant la polémique sur les onze vaccins à faire peu après la naissance, et la remarque que « l’on inocule des vaccins inutiles à cet âge et peut-être pas efficaces ensuite », qu’en pensez-vous ? Avant deux ans, le système immunitaire est immature et ce n’est pas bon d’injecter des éléments extérieurs !

R : les vaccins sont efficaces sur les enfants. Pour l’hépatite B par exemple, la réponse immunitaire est meilleure et plus durable quand le vaccin est fait durant l’enfance plutôt qu’à l’âge adulte. Pour recevoir les vaccins, le système des tout-petits est suffisamment mature.

Q : Quelle est l’efficacité de la vaccination grippale ? R : Concernant le vaccin de la grippe, ce sont les quatre souches les plus virulentes présentes aux Etats-Unis qui permettent la fabrication du vaccin pour l’Europe. Mais ce ne sont pas toujours les bonnes souches qui sont choisies, c’est pourquoi d’une année sur l’autre, le vaccin n’est pas toujours aussi efficace.